L’alimentation du chat

L’alimentation du chat

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[Edit du 29 septembre2020]

 

Carnivore ou omnivore ?

La logique veut que l’on affirme tous que le chat est un carnivore et même un carnivore strict. Ce n’est malheureusement pas le point de vue de nombreux professionnels qui préconisent l’ajout de céréales et légumes dans le régime du chat.
Tout d’abord confirmons que le chat est un carnivore

 

Ensuite penchons nous sur ses caractéristiques morphologiques

 

La dentition

Comme tous les félins, le museau du chat est plus court que celui des canidés et ses dents sont plus fines, aiguisées et moins nombreuses.

Le chat, à l’âge adulte, possède 30 dents : 16 à la mâchoire supérieure et 14 à la mâchoire inférieure :
– 12 incisives pour couper et rogner
– 4 canines pour attraper et déchirer
– 14 molaires pour broyer

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Le système digestif

Contrairement à l’homme, le chat ne dispose pas d’enzymes digestives dans sa salive (amylase et cellulase) pour amorcer le travail de digestion.

Le système digestif du chat est court et simple : son intestin grêle mesure environ 1 mètre (contre environ 3 mètres chez le chien) et le gros intestin 20 à 40 centimètres (contre 60 à 80 cm chez le chien).
A l’inverse des herbivores (comme les vaches) qui peuvent produire des acides aminés en grande partie grâce aux milliards de micro organismes qui se trouvent dans leur long tube digestif et leurs nombreux estomacs, le tube digestif du chat ne permet pas de tirer profit de la synthèse des acides aminés par voie microbienne et par conséquent, nécessite des acides aminés préformés directement à partir de l’alimentation.

 

La digestion

Les amylases aident à la digestion de l’amidon et des autres glucides et sont fabriquées par le pancréas. Une alimentation riche en amidon et autres glucides, comme les croquettes ou la ration ménagère, va peser de façon excessive sur les niveaux d’insuline qui vont mettre le pancréas à contribution de façon intensive. C’est pour cela que l’on dit que les céréales et l’amidon « fatiguent » l’organisme du chat (Source).
De plus, ce même pancréas ne sécrète pas de cellulase pour diviser la cellulose en molécules de glucose.

 

L’alimentation

Pour répondre aux besoins métaboliques et énergétiques du chat, vingt-deux acides aminés différents sont nécessaires, Cependant, le chat ne peut en synthétiser que onze en interne. Il doit donc compter sur son alimentation pour obtenir les dix autres qu’on appelle acides aminés essentiels : Arginine, Histidine, Isoleucine, Leucine, Lysine, Méthionine, Phénylalanine, Thréonine, Tryptophane, Valine et Taurine. C’est un de plus que pour les chiens, car le chat possède également une autre particularité : celle de ne pas fabriquer la taurine. Non seulement il ne fabrique pas la taurine, mais il l’élimine en déféquant. Les acides biliaires dans le foie utilisent la taurine pour former des sels biliaires dont le rôle est d’aider à l’absorption des lipides. Une fois arrivée dans l’intestin, cet apport de taurine subit une dégradation par des bactéries et est éliminée dans les selles.

La taurine n’est pas un acide aminé au sens biochimique du terme. C’est un acide dit sulfonique. On la retrouve en grande concentration dans les zones électriquement excitables des mammifères : cervelle, rétine, myocarde, mais surtout dans les tissus de la plupart des poissons, oiseaux et rongeurs et en quantité moins importantes chez les gros herbivores.
Elle intervient
– Dans le métabolisme des acides biliaires
– Dans le maintien des fonctions de la rétine et du myocarde
– Dans le système nerveux
– Dans l’appareil reproducteur
– Dans le système immunitaire
– Dans la protection des vaisseaux sanguins
– Dans le développement du fœtus.
– Elle agit aussi comme antioxydant

 

A la différence des chiens qui sont opportunistes et qui peuvent manger quelques baies et végétaux, les chats sont des carnivores stricts, c’est-à-dire qu’ils ne tirent les bénéfices nutritionnels que de la viande, os et abats des animaux qu’ils ont chassé. Ainsi leur organisme ne leur permet pas d’assimiler les végétaux et céréales. Domestiqués, c’est à nous de leur fournir les proies (ou les reconstituer) qui feront partie de leur régime quotidien.

On entend encore cette idée reçue et totalement infondée qu’un chat doit avoir 15 à 20 repas par jour, car c’est dans sa nature de chasseur de manger des petites proies tout au long de la journée. Mais sur une journée de chasse, la plupart de ses tentatives de prédations se soldent par un échec. Une étude australienne menée sur des chats domestiques  » sauvages  » a conclu que sur 101 tentatives de chasse le taux de réussite était de 32, soit un taux de réussite de 32 %. Toutefois, le taux de prise grimpe à 70 % en milieu ouvert, mais seulement 28 % des proies sont mangées. (Source)

De plus, une étude récente a démontré que la prise de repas 1 fois par jour semblait être bénéfique pour la santé

Dans l’ensemble, nourrir les chats une fois par jour présente plusieurs résultats prometteurs pour améliorer la qualité de vie des chats d’intérieur, car le régime alimentaire pourrait réduire l’incidence de l’obésité chez les chats, en contrôlant l’appétit et en limitant la prise de nourriture. Un tel régime alimentaire pourrait également améliorer la synthèse des protéines, en augmentant l’AA (acides aminés) du plasma et l’insuline et pourrait être utile pour combattre la sarcopénie chez les chats vieillissants en augmentant la LBM (masse musculaire maigre). La consommation d’un repas par jour a provoqué chez les chats une réponse plus importante et plus soutenue aux hormones de régulation de l’appétit GLP-1, GIP et PYY, ce qui suggère que ces chats sont plus rassasiés que les chats qui consomment des repas plus petits et plus fréquents. Les chats nourris une fois par jour consommaient également moins de nourriture et avaient des QR (quotient respiratoire) à jeun plus faibles que les chats prenant des repas plus fréquents, ce qui suggère qu’avec le temps, ce régime alimentaire pourrait favoriser la perte de poids et une plus faible masse grasse. Une augmentation plus importante des concentrations plasmatiques d’AA chez les chats nourris une fois par jour pourrait également indiquer une plus grande synthèse de protéines et, à son tour, pourrait soutenir le maintien de la LBM

Le chat a souvent une réputation d’animal difficile face à la nourriture. Une des causes est son manque de récepteurs de goût (papilles gustatives) : il n’en possède que 470 alors que le chien en possède 1600 (1700 selon certaines sources) et l’Homme environ 10.000. A ce titre il ne perçoit pas le goût sucré. Par contre, il est très sensible à l’odeur et à la texture de ses aliments.
Il est courant de lire que les chats ne doivent pas jeûner, car au-delà de 24 heures sans nourriture, cela pourrait créer une lipidose hépatique. Cette maladie est causée par l’accumulation de graisses dans les cellules et les tissus du foie. Quand un chat arrête de manger (pour diverses raisons), de grandes quantités de matières grasses qui sont stockées dans le corps sont libérées et affluent vers le foie par l’intermédiaire du sang. L’excès de graisse engorge le foie et conduit à une insuffisance hépatique.

Cela est vrai pour des chatons ou des chats adultes obèses ou malades. Or dans la nature ou tout simplement dans nos rues ou campagnes, les chats ne mangent pas tous les jours et n’en meurent pas pour autant. En faisant mes recherches j’ai trouvé un article qui cite une étude sur les grands félins, où l’on peut lire que la lipidose hépatique est rare dans leur milieu naturel. Vous trouverez ici un article du site Cats & Dogs Naturally, que son auteur m’a autorisé à citer. Vous y trouverez des témoignages où des chats ont survécu plusieurs semaines sans manger ni boire.
Ces témoignages sont certes extrêmes, mais même les vétérinaires de chez Royal Canin, affirment qu’un chat peut effectuer un jeûne sans que cela prête à complication.
« Chez l’animal en bonne santé, le métabolisme nutritionnel est adapté à une alternance entre la prise de nourriture et le jeûne … Les périodes de jeûne excédant 3 à 5 jours induisent un état de privation. « . Source page 408 et 409 du document.

Il est donc nécessaire d’apporter à votre chat une nourriture adaptée, contenant les acides gras et acides aminés essentiels qu’il ne peut pas synthétiser.

Les sources de protéines viables avec un support à large spectre d’acides aminés incluent le bœuf, le poulet, les œufs, le poisson, l’agneau, la dinde, le canard, le veau, le mouton et la chèvre et d’autres encore. Vous vous attacherez donc à donner au minimum

  • deux sources de viande rouge :  teneur en sodium et potassium modérée, faible en calcium, riche en fer grâce à sa teneur en myoglobine, en potassium, en zinc, en vitamines B6 et B12 et de manière générale, plus riche en vitamines hydrosolubles
  • une source de viande blanche riche en vitamine B3 (niacine), et en potassium.
  • des proies entières (rongeur ou poussin) dont la fourrure, le duvet ou les plumes aideront le transit et à l’élimination des boules de poils.

 

L’hydratation

Les chats ont évolué en tirant la majeure partie de leur apport en liquide des aliments qu’ils consomment. Ils ne boivent pas beaucoup d’eau et n’ont pas la même soif que les chiens ou les humains. En tant qu’animaux ayant évolué dans le désert, ils concentrent naturellement leur urine. Une proie comme la souris contient entre 65 et 75 % d’humidité. En donnant à votre chat une alimentation biologiquement appropriée, que ce soit avec des proies entières ou un schéma de proie « reconstituée », vous lui fournissez un moyen naturel de s’hydrater. Bien entendu vous mettrez également à sa disposition un bol d’eau fraîche

 

Le régime primaire et le Prey Model

Dans leur milieu naturel, les carnivores sauvages qui se nourrissent de proies sauvages ont un régime idéal que l’on peut appeler le régime primaire. Composée de proies (exclusivement viandes »rouges ») qui ont accès au régime qui leur est destiné et donc nutritionnellement complet, les carnivores ont donc l’équilibre idéal en macronutriments ( protéines, graisses et glucides) et le contenu en micronutriments (vitamines, sels minéraux, oligoéléments) n’est pas altéré.
La proie sauvage est plus haute en protéines et moins riche en graisse (environ 50 % de moins) que les animaux d’élevage et l’équilibre entre acides gras insaturés, saturés et polyinsaturés est également différent des animaux d’élevage. Et parmi les animaux d’élevage, l’équilibre en acides gras essentiels est également déterminé par les méthodes d’élevage.
Les poils et plumes ont également un rôle important dans le régime primordial.

  • Les plumes apportent du manganèse.
  • La peau, fourrure et plumes contiennent aussi de la kératine qui est une protéine structurelle qui protège les cellules épithéliales qui tapissent les organes et vaisseaux sanguins.

La kératine est aussi essentielle pour la santé de la peau qui contient aussi de la vitamine D. Or les animaux élevés en hangar sont déficients en vit D.
Ceci pose problème, parce que le chat en a besoin via son alimentation car il n’a plus la capacité de produire la sienne depuis le soleil.
La raison vient du fait que ses ancêtres chassaient des proies vivant en pleine nature et donc riches en vitamine D. Par conséquence, ils n’avaient pas besoin de gaspiller des enzymes et de l’énergie pour  fabriquer la vitamine D, puisqu’ils la trouvaient dans leurs proies sauvages. Cette incapacité de synthétiser la vitamine D a perduré tout au long de l’évolution du chat jusqu’à aujourd’hui. Voilà pourquoi on doit l’apporter via l’alimentation.

Je vous invite donc à varier le plus possible les sources de protéines et à privilégier les viandes issues d’animaux nourris de façon naturelle en plein air dont le rapport oméga 3 / oméga 6 sera mieux équilibré.

Dans la mesure où peu de raw feeders ont accès à des proies sauvages nous nous efforcerons donc de les reconstituer. Vous apporterez ainsi à votre chat tous les apports nutritionnels nécessaires à sa bonne santé.

Pour résumer les besoins de votre animal la gamelle sera composée :
– De 30 % d’os charnus adaptés à votre chat (ces pourcentages peuvent varier en fonction de l’aspect des selles)
– De 60 % de viandes blanches et rouges (ces pourcentages peuvent varier en fonction de l’aspect des selles)
– De 5 % de foie
– De 5 % d’un autre abat
– De poissons entiers ou en filet (à déduire de la ration)
– De proies entières (rongeurs et petits volatiles) pour faciliter le transit
– De panse verte (facultative)
– D’œufs (facultatifs)

Vous vous attacherez à varier les sources d’abats, de poissons, de viandes et d’os charnus. N’oubliez pas que la variété est la clé d’une alimentation équilibrée

 

 

 

Remerciements :
– Anthéa du site Cats & Dogs Naturally

 

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Image d’en tête : Budimir Jevtic/Shutterstock

 

 

 

 

 

 

 

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