Barf ou Prey Model ?

Barf ou Prey Model ?

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Le Raw Feeding est considéré en France comme une variante de l’alimentation crue. Or, Outre Manche, Outre Atlantique et en Australie (point de départ de ce « mouvement ») le Raw feeding c’est tout simplement le fait de nourrir son animal au cru. Et dans ce mode d’alimentation, deux courants s’opposent : le Barf et le Prey Model (ou Whole Prey)

  • Le Barf :
    Inspiré par le Docteur Ian Billinghurst, vétérinaire australien, ce « régime » cru se compose de viande, d’os charnus, d’abats, de panse verte, d’œufs, de fruits, légumes et de compléments tels que des herbes (algues), du yaourt (ou cottage cheese) ou des huiles.
  • Le Prey Model :
    Inspiré par le Docteur Tom Lonsdale, vétérinaire anglais émigré en Australie, ce « régime » cru se compose de viande, d’os charnus, de proies entières, d’abats, de panse verte et de quelques restes de table cuits ou crus (légumes râpés ou mixés mais pas d’os cuits)

Jusqu’alors, j’avais toujours suivi scolairement les écrits qui, dans les groupes de partage francophones, présentaient 3 courants :
– Le Whole Prey : des proies entières avec ou sans plumes / fourrure dont la variante était :
– Le Raw Feeding avec viandes, abats, os charnus et panse verte dont la variante était :
– Le Barf avec viandes, abats os charnus,et purée de fruits et légumes crus pour remplacer la panse verte (difficilement trouvable fraîche en France car interdite à la commercialisation). Les compléments sont alors inutiles dans le cadre d’une alimentation équilibrée.

Jusqu’à ce qu’une discussion animée me fasse réaliser que je n’avais pas toutes les bonnes informations et que le manque de maîtrise de la langue de Shakespeare en France pouvait mener à des mauvaises interprétations. J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai débuté mes recherches, prête à me remettre en question.
Les résultats m’ont un peu ébranlé et c’est aussi la raison de la création de ce blog. Vous faire partager les informations que j’ai rassemblé (et que je continue à rassembler) et les conclusions que j’en ai tiré. Bien sûr chacun garde son libre arbitre et fait les choix qu’il souhaite pour nourrir son chien. Ma façon n’est peut être pas la meilleure, mais elle s’accorde avec le bilan de mes investigations. D’ailleurs l’alimentation crue pour les carnivores domestiques est un sujet en perpétuelle évolution. Il ne faut pas craindre de revenir sur ce qui a été dit si de nouvelles sources documentées viennent étayer le contraire.

Tout d’abord déboulonnons l’idée selon laquelle le raw feeding est une version du Barf avec panse verte. C’est faux et absurde. Raw feeding signifie que l’on nourri au cru en opposition à la nourriture industrielle (croquettes ou pâtée). Que votre chien soit nourri au cru selon un modèle Barf ou qu’il soit nourri au cru selon un modèle « Prey » (de proie) il est nourri au cru. C’est donc du Raw Feeding dans les 2 cas !  En anglais cela donne Barf model of raw feeding ou prey model of raw feeding. Et dans les 2 cas, votre chien peut avoir de la panse et des fruits ou légumes.

 

 

 

 

 

 

Voici les 2 courants détaillés ci dessous :

  • Le Barf :
    Le Dr Billinghurst considère le chien comme un omnivore et à ce titre, les fruits et les légumes sont la composante essentielle de son alimentation :

« Cats are obligate carnivores while dogs are omnivores with a carnivorous background » Source
Traduction : Les chats sont des carnivores stricts alors que les chiens sont des omnivores à tendance carnivore

« Fruit and vegetables are an essential part of a dog’s diet. An essential part, not an optional part. Meat is optional, fruit and vegetables are not ».(Canine Nutrition—A Point of View 1988)
Traduction : Les fruits et légumes sont une partie essentielle du régime du chien. Une partie essentielle, pas une partie optionnelle. La viande est optionnelle, les fruits et les légumes non.

De plus le Dr Billinghurst a créé sa propre ligne de nourriture barf surgelée en sachet, qui n’est plus ni moins que du broyé. D’un côté on nous dit que les os sont nécessaires pour le nettoyage des dents, et de l’autre on met en vente des pavés congelés contenant des os broyés. Voici les arguments avancés :

« One controversial aspect of the BARF dog diet is the use of whole, raw, meaty bones as food for our dogs & cats. For most dogs, appropriately selected whole raw meaty bones do not constitute a danger. They simply and easily promote positive good health being a biologically appropriate food for our pets. However, where there is a perceived danger, owners can simply use bones that have been finely ground, such as those in the Dr. B’s BARF formulations ». Source
Traduction : Un des aspects controversé du régime BARF pour les chiens, est l’utilisation d’os charnus crus entiers comme nourriture pour nos chiens et chats. Pour la plupart des chiens, des os charnus crus appropriés et sélectionnés ne constituent pas de danger. Il favorisent simplement et facilement la bonne santé de nos animaux en étant une nourriture biologiquement appropriée. Toutefois quand il y a un risque de danger, les propriétaires peuvent simplement utiliser des os broyés finement, comme ceux que l’on trouve dans les formules Dr. B’s »

 

Si le risque zéro n’existe pas, j’ai remarqué que la plupart des accidents qui arrivent avec les os charnus, ne viennent pas toujours de la capacité ou non du chien à savoir croquer un os charnus.
Souvent les propriétaires trop anxieux induisent inconsciemment un stress chez l’animal. Ne restez pas près de lui à le scruter, surveillez de loin
De même lorsqu’il y a plusieurs animaux certains pourront se dépêcher de manger de peur qu’un autre ne vienne lui voler son repas. Isolez l’animal pour qu’il puisse manger au calme.
Enfin les os charnus sont souvent inadaptés à la taille des mâchoires. Un malinois est capable de croquer un demi poulet de lui donnez pas un repas constitué d’ailes qu’il va gober sans croquer.
Cependant dans le cas de certaines pathologies, broyer les os peut s’avérer nécessaire. Je vous encourage alors à faire vos propres préparations plutôt que des les acheter toutes prêtes. Ces dernières sont souvent déséquilibrées et composées de plusieurs ingrédients pouvant provoquer des intolérances. De plus aucune indication n’est donnée quant aux morceaux utilisés.

 

Concernant les compléments j’ai toujours été persuadée que dans le cadre d’une alimentation équilibrée et variée, ils étaient inutiles. Mon point de vue n’a pas changé. Pourquoi donc rajouter des compléments chez un animal en bonne santé, quand l’alimentation à elle seule pourvoit aux besoins de l’animal ?
Un exemple frappant qui revient souvent dans les discussions : la levure de bière pour donner un beau poil. La levure de bière est riche en vitamines et sels minéraux. Mais on retrouve tous ses composants dans l’alimentation quotidienne :
Les vitamines du groupe B
Vitamine B1 : porc, rognon, foie, poisson
Vitamine B2 : porc, rognon foie, poisson, canard, œufs
Vitamine B3 : foie de veau, lapin, rognons de porc, maquereau
Vitamine B5 : foie
Vitamine B6 : foie
Vitamine B9 : foie, jaune d’œuf, feuilles des légumes verts
Il manque la vitamine B12 absente dans la levure mais présente dans la viande de bœuf
Les minéraux
Zinc : foie de veau, bœuf
Phosphore : os, foie, viande, œufs, poisson
Magnésium : lapin, poulet, dinde, porc, agneau, œuf, bœuf, poisson

Toutefois, les compléments alimentaires naturels sont très utiles pour les animaux présentant des pathologies ou des troubles digestifs. Je vous invite à vous tourner vers un vétérinaire homéopathe ou naturopathe qui saura vous aider au mieux et pour le quotidien, à vous rendre sur le site Vis Medicatrix Naturae.

 

  • Le Prey Model (ou Whole prey)
    Il est évident lorsqu’on lit les écrits de Tom Lonsdale, qu’il est en désaccord avec l’approche de son confrère. Ses préconisations correspondent mieux à ma façon d’appréhender l’alimentation de mes chiens.
    Cependant je reste plus prudente, voire sceptique sur certaines de ses recommandations :

    • Les restes de table : même s’ils ne sont conseillés qu’en de toutes petites quantités, j’ai fait le choix de ne pas en donner. C’est sûr qu’il n’y a rien de dramatique à donner un bout de jambon à son chien, ou un cube d’emmental, mais à titre personnel je préfère donner quelques bouts de viande ou d’abats déshydratés.

      « Wild carnivores eat small amounts of omnivore food, part-digested in liquid form, when they eat the intestines of their prey. Our table scraps, and some fruit and vegetable peelings, are omnivore food which has not been ingested. Providing scraps do not form too great a proportion of the diet they appear to do no harm and may do some good. I advise an upper limit of one-third scraps for dogs and rather less for cats. Liquidising scraps, both cooked and raw, in the kitchen mixer may help to increase their digestibility ».
      Traduction : Les carnivores sauvages mangent de petites quantités de nourriture d’omnivore, pré digérée à l’état liquide quand ils mangent les intestins de leurs proies. Nos restes de table et quelques pelures de fruits et légumes, sont de la nourriture d’omnivore qui n’a été ingérée. Fournir des restes de repas s’ils ne constituent pas une trop grande proportion du régime, semble de pas faire de mal et peuvent faire du bien. Je conseille une limite maximale de un tiers de restes pour les chiens et moins pour les chats. Passer les restes de table à la fois cuits et crus au mixeur, peut aider à augmenter leur digestibilité »

      S’il est vrai que les carnivores sauvages mangent le contenu pré-digéré des estomacs de leur proies ils le font uniquement avec des petites proies telles les lapins ou les volatiles. Concernant les restes de table, une amie m’a un jour fait remarquer très justement que ses chiens n’étaient pas des poubelles. Les miens n’ont plus.

    • Le jeûne : dans la mesure où je ne jeûne pas, je n’estime pas nécessaire de faire jeûner mes chiens. Si dans la nature les carnivores sauvages ont des périodes de jeûne, c’est souvent parce que la prise de proies n’est pas quotidienne ou parce que le repas de la veille était plus que copieux (voir article sur le jeûne ici . Par contre comme le Dr Lonsdale l’indique, si on vient à tomber en panne sèche de ration, un jeûne de 24 h ne sera pas nuisible à l’animal (sauf si c’est un chiot).

      « I suggest that on one or two days each week your dog may be fasted — just like animals in the wild. On occasions you may run out of natural food. Don’t be tempted to buy artificial food, fast your dog and stock up with natural food the next day.
      Puppies, cats, ferrets, sick or underweight dogs should not be fasted (unless on veterinary advice) »
      Traduction : Je suggère que votre chien fasse un jeûne 1 ou 2 jours chaque semaine, comme les animaux dans la nature. Parfois, vous pouvez tomber en panne de nourriture naturelle. Ne soyez pas tenté d’acheter de la nourriture artificielle, faites jeûner votre chien, ety revenez à la nourriture naturelle le lendemain.
      Les chiots, les chats et les furets; les chiens malades ou en sous poids, ne doivent pas jeûner (sauf avis vétérinaire)

       

Pour ce qui est de la panse verte,  c’est un aliment à part entière qui est inclus dans les rations, mais il n’y a pas d’obligation à en donner. De nouvelles recherches ont mis en avant le fait que la panse ne pouvait pas être considérée comme un probiotique. Ceci est expliqué sur l’article qui lui est consacré.
Les fruits et légumes sont donnés mixés en purée, mais sont optionnels.

Riche de tous ces éléments, j’ai donc fait mon choix : mes chiens sont nourris selon le Prey Model avec viandes, os charnus abats et de temps en temps de la panse verte.

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